Le 27 décembre 2016 est un jour de grand trouble dans la Force : Carrie Fisher laisse bon nombre de geeks orphelins. Retour sur le parcours de l’éternelle princesse Leia Organa, disparue à l’âge de 60 ans.

Carrie est née sous l’étoile du septième art. Fruit d’un mariage presque éphémère de quatre ans entre le chanteur et acteur Eddie Fisher et la célèbre Debbie Reynolds, Carrie suit sa mère en tournée et grandit sur les plateaux. Contaminée par l’acting, elle démarre sa carrière très jeune. A 17 ans, elle se retrouve sur les planches de Broadway ; à 19 ans elle décroche son premier rôle au cinéma, partageant l’affiche avec un certain Warren Beatty.

Carrie est culte très jeune. Dans la foulée de son premier film, elle pousse les portes d’une double audition pour Brian de Palma et George Lucas. Si elle n’est pas retenue pour jouer son homonyme (Carrie au bal du diable, 1976), c’est Lucas qui lui confiera le rôle de sa vie : celui de la princesse Leia Organa dans La Guerre des étoiles. De nos jours, tout le monde connaît la silhouette blanche de la jeune fille coiffée de pains aux raisins.

Carrie est drôle. Dès le tournage d’Un nouvel espoir, elle apporte beaucoup d’humour au personnage, en jouant de la confrontation permanente avec ses partenaires masculins. Le second degré inhérent à la princesse Leia lui doit beaucoup, équilibrant le je m’en-fout-isme magnifique de Han Solo. Plus tard, c’est toujours avec une certaine dérision qu’elle évoque son rôle phare, le temps qui passe, les rides qui se creusent.

Carrie est humaine. Sa vie personnelle est un peu tumultueuse. Elle a une relation avec Harrison Ford sur le tournage de Star Wars. Puis il y a mariage éclair avec le chanteur Paul Simon (réécoutez la chanson Graceland, c’est bien de Carrie dont il s’agit). Il y a également une brève histoire avec John Belushi, son partenaire dans le film Blues Brothers, pas nécessairement le plus stable de tous…

Carrie est fragile. Ainsi, sur le tournage de l’Empire contre-attaque, puis sur celui du Retour du jedi, elle se laisse aller à ses démons et consomme alcool, marijuana, cocaïne. Pas forcément par goût, mais par envie (besoin ?) de planer. Parallèlement, Carrie est détectée bipolaire. Et puis il y a une overdose qui manque de lui coûter la vie.

Carrie se reconstruit. Plus discrète au cours des années 80, se contentant de seconds rôles voire de caméos, elle sort tête haute de ses travers et arrive à avoir le recul nécessaire pour en parler. En 2008 elle écrit un livre autobiographique (qui deviendra un one-woman show en 2009) parlant avec beaucoup d’intelligence et d’humour de ses addictions.

Carrie a de multiples talents. Elle écrit en effet une quinzaine de livres, parfois autobiographiques. Elle est une scénariste reconnue, travaillant avec Spielberg sur Hook ou la revanche du capitaine Crochet, ou encore avec Lucas sur la prélogie, en tant que « script doctor ». Elle apporte sa patte à certains textes des Oscars. Elle va même tenir à une époque la rubrique de courrier du cœur du quotidien britannique The Guardian.

Carrie est un modèle. Au travers du personnage de Leia, elle est pour plusieurs générations l’image d’une femme émancipée. Avec la trilogie originelle, elle permet aux petites filles de rejeter l’image nunuche de la princesse Disney ; aux garçons d’être amoureux d’une femme forte. Plus près de nous, dans le Réveil de la Force (2015), elle insiste pour faire paraître Leia telle qu’elle est dans la vie : ridée, marquée par la vie. Mais debout, se battant pour ses convictions.

Carrie n’est pas vraiment sûre d’elle, pourtant. Dans une lettre écrite à Leia, il y a quelques années, elle loue la flamboyance du personnage là où sa vie lui semble bien plus grise ; sa névrose dévorante lui semblant être à des années lumière de la droiture de la princesse. La frontière ne mérite sans doute pas d’être tracée aussi clairement. Leia est loin d’être lisse, détruite par de nombreuses épreuves personnelles.

Ainsi, pourquoi parler de Carrie au présent ? Parce que Carrie est immortelle. Parce qu’elle s’est élevée à un rang culte que peu peuvent se targuer d’atteindre. Sa mère avait placé la barre haut en incarnant Kathy Selden dans le film culte Chantons sous la pluie ; statut quasi dérisoire au regard de la portée du rôle tenu par la fille dans la saga stellaire. Et parce que Carrie n’est pas qu’une coiffure, une attitude ou un maillot de bain métallique. En tout cas, il serait injuste de la résumer à cela.

Aujourd’hui, Carrie nous laisse orphelins. Les étoiles qui nous font grandir, qui contribuent à nous construire, ne devraient jamais s’éteindre.