Décrié ou adulé, le dernier opus de Star Wars, Les Derniers Jedi, divise. De notre point de vue, l’épisode VIII est une oeuvre surprenante, audacieuse, résolument moderne et tournée vers l’avenir.

 

En entrant dans la salle du Star Wars nouveau, on s’interroge toujours sur ce que l’on va voir. Si le film va répondre à nos attentes, ou bien si la grande tradition de la saga sera respectée. En sortant des Derniers Jedi, on ne sait pas trop comment répondre à ces deux questions… il s’agit d’un de ces films qui demande du recul, un temps supplémentaire d’analyse pour pouvoir se prononcer.

Gérer le poids du passé…

Le film s’ouvre sur une situation délicate. La Résistance est dos au mur, pourchassée par le malveillant Premier Ordre. Un pitch de départ qui peut sembler bien proche de celui de l’Empire Contre-Attaque, comme certains l’auguraient au cours de la production de ce dernier opus. On peut dès lors penser que, comme pour le Réveil de la Force, Rian Johnson va se lover dans la sage reproduction de la recette historique…

En effet, les fondamentaux sont là : la lutte contre le Mal, les combats au sabre laser, les grandes batailles dans l’espace, une touche d’amour et une autre d’humour… Mais outre ces grands principes, tout le reste n’est que nouveauté. Là où J.J. Abrams appliquait fidèlement l’héritage de Lucas, Rian Johnson invente, propose, marque les traits et narre à sa façon. Les choix de mise en scène sont audacieux, parfois jamais vu dans Star Wars : un travelling avant interminable (magnifique hommage au film Les Ailes de Wellman), un champ/contre-champ entre deux personnages totalement éloignés l’un de l’autre… de quoi insuffler à une saga parfois un peu ronflante un dynamisme nouveau.

Bousculer Star Wars, c’est aussi défier le passé. De ce point de vue, être surpris peut, pour certains, être déplaisant. En actant le destin de certains personnages historiques, en les observant piétiner pour aller de l’avant, ou bien en invoquant simplement certains autres, on touche au temple sacré de l’institution… Il peut être pénible d’assister à la quasi éradication de la Résistance, ces rebelles qui tiennent bon depuis 40 ans. Annihiler en partie le passé pour construire demain, une idée difficile à surmonter pour une partie du public.

Pourtant, c’est tout le sens et l’intérêt du film. Beaucoup plus que son prédécesseur, Les Derniers Jedi est un relai entre la grande tradition et l’avenir. Où comment devoir faire parfois table rase du passé pour prendre un chemin nouveau.

…Et se tourner vers l’avenir

Les Derniers Jedi, c’est avant tout le destin de Rey et Kylo Ren. Comme le laissait entrevoir le film précédent, chacun se cherche, se demande quels sont les bons choix à faire pour s’orienter vers le bon chemin. Est-ce qu’il faut littéralement tuer le passé, ou non… Les protagonistes sont un peu perdus, en quête d’un sens, à l’image aussi de l’époque et des spectateurs qui les observent.

Outre le contexte, Rogue One est aussi passé par là. Comme pour le spin-off, l’âpreté est plus présente, les situations et les personnages beaucoup moins manichéens. Le Mal incarné n’est plus nécessairement le personnage portant le casque noir.

En un certain nombre de points, il est vrai que Les Derniers Jedi n’est pas parfait. En instillant par exemple un humour nécessaire dans la saga, on retient sans doute plus la maladresse et la surenchère inutile de sa mise en oeuvre.

Plus important sans doute, Rian Johnson fait le choix de prendre certains chemins de traverse pouvant nous laisser sur notre faim. Pour certaines des grandes questions laissées en suspens par Le Réveil de la Force, le réalisateur fait parfois le choix simple de ne pas répondre, ou bien d’apporter une réponse ne correspondant pas nécessairement à l’attendu… De quoi faire grincer des dents. Mais ce qui évite ainsi au film de se transformer en chorale ou chacun a, doit avoir son mot à dire. Ici, le choix est fait de donner de l’épaisseur aux personnages les plus importants pour la suite, même si cela passe par des actes radicaux.

Le film aurait aussi pu gagner en rythme, en cohérence parfois… Mais ces défauts sont plutôt l’apanage de la proposition. Était-ce ce que l’on avait imaginé découvrir en allant voir Les Derniers Jedi ? Résolument non. Mais était-ce ce qu’il fallait qu’on voie ? A vrai dire, il n’y a pas de bonne réponse… mais tout laisse à penser que la proposition ne peut pas décemment être considérée comme mauvaise.

A qui appartient Star Wars ?

Accepter de réaliser un opus de cette grande saga, c’est être conscient de concilier la réalisation d’un rêve de gosse, mais aussi d’avoir toutes les chances de tendre le bâton pour se faire battre. Rian Johnson, comme tous ses prédécesseurs à plus ou moins grande échelle, confronte sa vision à celle d’un public bien difficile à satisfaire : on a pu entendre que la prélogie jurait par son manque de panache, et l’épisode VII par son manque de prise de risque. Et quand Les Derniers Jedi ose, on lui reproche de tuer l’âme de la saga…

Le problème de Star Wars, c’est qu’il s’adresse à tout le monde, et donc à tous les publics en même temps. Celui qui a connu la sortie du film fondateur. Celui qui a grandi en même temps que la prélogie. Ou encore le plus jeune, qui connait mieux la série Rebels que les films.

Le problème, c’est qu’il y a autant de Star Wars que de fans. Chacun en attend un divertissement ou une philosophie, y place ses attentes voire ses espoirs. Le public a fini par y placer tellement d’attentes opposées qu’il en devient impossible de les satisfaire.

Laisse mourir le passé. Tue-le s'il le faut...

Depuis quelques jours, une pétition a été mise en ligne exigeant le retrait du dernier film du canon de la série… Un procès qui a aussi peu de sens que d’intérêt. Il faut désormais accepter que Star Wars n’appartienne plus à Lucas, ni même à Disney, mais à chacun, individuellement, à sa façon.

Pour en revenir à l’épisode VIII, la citation de Kylo Ren ci-dessus fait sens, et doit nous amener à nous projeter vers l’avenir : il faudra désormais accepter que Star Wars ne soit pas qu’un vestige poussiéreux, mais bien une oeuvre en perpétuel mouvement. Il faudra accepter que les réalisateurs proposent, surprennent, sans traîner l’éternel poids du passé. Et c’est justement ce qui maintiendra Star Wars envie encore longtemps, de la plus belle des manières.