Premier volet d’une série d’articles consacrée aux objets cultes. Focus sur la machine à voyager dans le temps la plus célèbre du cinéma, la DeLorean DMC-12… ou l’histoire d’un rêve automobile.

C’est l’histoire d’un véhicule qui a connu un succès mitigé, puis une gloire posthume. Lorsque Retour vers le futur sort en 1985, la DeLorean Motor Company a en effet fait faillite depuis trois ans…

L’homme derrière la machine

Mais revenons quelques années en arrière, chez General Motors. En 1972, John Delorean est nommé vice-président de la production de véhicules pour l’ensemble de la firme. Cette nomination est le fruit d’une longue implication sans faille. Delorean est en effet entré chez GM en 1956 en tant qu’assistant ingénieur, pour gravir par la suite les échelons petit à petit. Personnage atypique, il est à l’origine de quelques succès, dont la GTO (le premier muscle car américain) ou la Firebird chez Pontiac (qu’il dirige à partir de 1965), puis la Vega chez Chevrolet (dont il prend la tête en 1969).

Pourtant, son ascension fait grincer des dents, et l’idée de le voir devenir un jour président du groupe ne ravit pas le comité exécutif. Il faut dire que Delorean n’est pas du genre à rentrer dans le moule, critiquant ouvertement certains choix de la direction. Ainsi, le 2 avril 1973 il est annoncé que Delorean quitte General Motors, officiellement pour se consacrer à des « activités sociales incompatibles avec celles de la direction de GM »… Même si cela n’a jamais été avéré, il n’est pas difficile d’imaginer que Delorean a été un peu aidé pour trouver la porte de sortie.

Construire son propre rêve

Le 24 octobre 1975, John Delorean fonde sa propre entreprise, afin de concevoir sa propre voiture. Elle sera sportive, sûre et abordable. C’est alors la naissance de la DeLorean Motor Company (d’où le célèbre « DMC » de la calandre).

Pour mener son projet à terme, Delorean s’entoure des meilleurs concepteurs : le responsable du projet est un ancien de GM. Le chassis est pensé par un ingénieur provenant de Lotus. Le design est confié à Giugiaro, propriétaire d’Italdesign, à l’origine entre autres de la première version de la Lotus Esprit (souvenez-vous, la voiture-sous-marin de l’Espion qui m’aimait). Le résultat dépasse les espérances : la coupe de la DMC-12 est racée, la carrosserie en acier inoxydable, et les portes-papillon lui donnent un look de flying saucer.

Pour la motorisation, c’est vers la France que DMC se tourne. Citroën est approché tout d’abord, mais le 4 cylindres proposé n’est pas assez puissant. Finalement, le choix se portera sur un 6 cylindres en V de 130 chevaux en provenance de chez PRV (Peugeot-Renault-Volvo)… qui avec le recul, manque également de souffle.

Puis c’est en Irlande du Nord que l’usine de fabrication est construite. La production durera deux ans, entre janvier 1981 et décembre 1982, le temps de produire un peu plus de 9000 véhicules. Deux ans seulement… car les comptes n’y sont pas. Si DMC doit vendre plus de 10000 unités par an pour être rentable, la demande n’excèdera pas 6000 unités la première année. Trop chère, pas suffisamment puissante, le public se tournera en effet vers ses concurrentes, comme la Chevrolet Corvette.

L’histoire s’arrête donc en 1982, alors que John Delorean est en plus accusé de trafic de stupéfiant et blanchiment d’argent, pour lesquels il sera finalement blanchi… Le temps de définitivement salir son image de businessman.

« Vous avez construit une machine à voyager dans le temps… à partir d’une DeLorean ?? »

Dans cette première moitié de ces années 80, deux producteurs-scénaristes travaillent d’arrache-pied à la création d’un film sur le voyage dans le temps. S’il est tout d’abord envisagé que les personnages du film passent d’un espace-temps à l’autre grâce à… une sorte de réfrigérateur transporté à l’arrière d’un pick-up, il devient rapidement une évidence qu’un véhicule en soi ferait mieux l’affaire.

Bob Gale et Robert Zemeckis se tournent alors vers la DeLorean, avec son look futuriste et son aspect acier-brut de décoffrage. C’est dans la troisième version du scénario, en juillet 1984, que le véhicule apparaitra pour la première fois.

Le design de la voiture spécifique au film est un travail d’équipe. Il est dû aux artistes Andrew Probert, Lawrence Paull et surtout Ron Cobb, qui apporte cet aspect « bricolé dans un garage » propre au travail de Doc Brown. La réalisation est ensuite confiée au responsable des effets spéciaux, Kevin Pike, qui s’approvisionne notamment dans les casses de la NASA pour donner vie au véhicule spatio-temporel.

Le mythe de Lazare

Depuis, la DeLorean DMC-12 est restée une voiture mythique. Au milieu des années 2000, la demande est tellement forte qu’une entreprise américaine se spécialise dans la fabrication de DMC-12 à partir de pièces d’occasion d’origine ou de reproductions. On notera même qu’en 2009, Nike a sorti une édition limitée de la Dunk, aux couleurs (ou plutôt non-couleur) de la DeLorean…

La trilogie Retour vers le futur a même laissé une empreinte suffisamment forte pour être l’un des facteurs principaux de la renaissance de la marque en 2015, après une bataille judiciaire autour de l’exploitation de la marque. Depuis, la nouvelle DMC a annoncé vouloir produire la DMC-12 en petite série, avec un design inchangé mais un moteur aux performances doublées (quand je vous disais que le moteur PRV était un peu léger…).

A la sortie du premier film de la trilogie, en 1985, John Delorean a envoyé une lettre à Bob Gale, le remerciant d’avoir immortalisé sa voiture dans le film. S’imaginait-il seulement à quel point ?