Bob Gale et Robert Zemeckis sont d’habiles devins. Dans la seconde moitié des années 80, ces derniers ont conçu pour le film Retour vers le futur 2 un avenir totalement crédible… et partiellement prémonitoire.

Commençons tout d’abord par un double retour vers le futur. D’un côté, le 21 octobre 2015 dernier. Un mercredi nuageux, pas vraiment différent du jeudi qui lui a succédé. Un jour assez normal, en somme. De l’autre, le 21 octobre 2015 imaginé par Robert Zemeckis et Bob Gale. Une journée merveilleuse, bourrée de technologie, de gadgets et de futurisme… Enfin, si l’on se place à l’époque de sa conception, il y a maintenant une trentaine d’années.

Le 2015 rêvé par les créateurs de la trilogie a ce charme désuet propre aux films des années 80 de science fiction. En revoyant le second volet, on sourit nécessairement lors de la scène de la préparation de la pizza («hydratation 4 s’il vous plait !») ou du renvoi de Marty par fax… cela étant, il est vrai que sur de nombreux sujets, les créateurs de la trilogie Retour vers le futur ont eu le nez fin, pour ne pas dire qu’ils ont été prophétiques.

Prenons pour premier exemple le rapport aux médias. Lorsque le jeune Marty Jr. rentre chez lui après une journée mouvementée, son premier réflexe est d’allumer la télévision. l’écran plat, suspendu au mur (donc imaginé en 1989 !), projette alors une sélection de plusieurs chaînes en simultané. Si les États-Unis connaissent depuis longtemps une offre télévisuelle riche, on peut déjà y voir une vision habile du binge watching actuel.

Plus tard, c’est casque téléphonique vissé sur les yeux que Marty Jr. et sa sœur sont réunis autour du diner familial. Pour ce point, deux éléments sont intéressants. D’une part, le casque de réalité augmentée en soi : depuis les Google  Glass, pour citer l’un des premiers projets, jusqu’aux Oculus ou Hololens, les plus grands groupes sont tous convaincus que le présent et l’avenir passent par la réalité augmentée… ou à l’inverse, par la virtualité réaliste. D’autre part, cette scène est tout à fait précurseur d’un phénomène actuel : l’isolement. En effet, il est désormais coutume, surtout chez les plus jeunes, de vivre totalement isolé de la situation sociale réelle qui les entoure, au travers de son smartphone par exemple. Si évidemment la forme est différente, c’est bien de téléphonie intelligente et de ses travers dont il s’agit dans le film.

Même la météo y est vue comme un service fiable ! Même si nous n’en sommes toujours pas à la prévision à la seconde près, se dire dans les années 80 qu’on serait capable de prédire assez justement le retour du soleil tenait de la blague potache. Pourtant de nos jours les prévisions sont assez justes, et il existe même des applications nous permettant de savoir avec quasi-certitude si nous allons prendre la pluie dans l’heure qui suit. Ce doit être pour cela d’ailleurs que nous vestes ne sont pas auto-séchantes…

On peut également citer la biométrie, qui a pris place dans la vie quotidienne. Quand Jennifer ouvre la porte de sa maison d’une pression du doigt, il est devenu courant que nous fassions le même geste pour déverrouiller notre smartphone.

De son côté, l’exemple de Nike est drôle puisqu’il est à contre-courant des autres : la chaussure à laçage automatique est devenu un objet tellement culte grâce au succès du film que la marque a décidé de la produire. La Nike Air Mag est donc née il y a quelques semaines, en édition ultra limitée. La marque au swoosh ne se contentera bien évidemment pas d’une micro série, et va se lancer dans la production de masse pour les sportifs feignants : ce sera la HyperAdapt 1.0, disponible en cette fin d’année 2016.

Retour à la réalité

Malheureusement, tout n’est pas idyllique. Certaines des inventions du film se font toujours désirer. En 2016, même en ayant laissé une année supplémentaire (soyons seigneurs…), toujours aucune trace de la voiture volante ou du Hoverboard. Mais au fait : pourquoi ?

Pour ces deux exemples, la question est la même : il s’agit de trouver le moyen de créer une poussée suffisante pour contrer l’effet de la gravité. Simple à décrire… beaucoup moins à réaliser. Une poussée légère et verticale d’une voiture est un fantasme puisqu’à ce jour, la voiture volante tient plutôt de l’avion roulant. Impossible encore de se séparer des ailes, même rétractables, de la piste de décollage et de la propulsion.

Du côté du Hoverboard, des prototypes aux allures d’airbot (vous savez, le pneumatique à grosse turbine des Everglades) ou usant de technologies électromagnétiques ne permettent toujours pas de prêter le change. Le Hoverboard, c’est avant un symbole de liberté ; difficile de se sentir libre si l’on doit rider sur une surface aimantée ou dans un bruit d’usine.

D’autre part, si la technologie d’envol peine, ce n’est pas le cas de tout le reste, chose que n’avais pas anticipé le film. Toutes les volontés sont de nos jours tournées vers l’automobile « propre », autonome et entièrement connectée. L’énergie et le budget nécessaires à faire vivre ces aspirations sont autant de — qui ne sont pas au service du véhicule volant. En bref, à la veille du centenaire de la première tentative (le premier projet de voiture volante recensé date de 1917), personne ne détient encore la formule magique. Qui sait ; laissons maintenant le temps au futur de nous surprendre à ce sujet.

Make America great again

Au final, ce n’est pas dans le futur que Gale et Zemeckis auront été les plus surprenants. L’actualité de ces derniers temps nous a ainsi offert un point de comparaison surprenant…

Une fois de retour en 1985, mais dans une version alternative dramatique où -entre autres joies- son père n’est plus de ce monde, Marty se trouve aux prises avec son beau-père, le sombre Biff Tannen. Ce dernier, devenu richissime (L’Almanach des Sports…) et surpuissant, creusant le sillon de ses défauts naturels : méchanceté, arrogance et égoïsme.

C'est moi qui lui donne des ordres, à la police !

Biff, cinquantenaire péroxydé, cultive le mauvais goût à coups de dorures et de décorations rococo. L’une de ses seules passions, à part les dollars, semble être de rabaisser sa femme, la pauvre Lorraine, femme objet transformée en prise de guerre. En somme, il ne manquerait plus à Biff qu’un objectif à sa mesure… La Maison Blanche ?

Quelle que fût la méthode, Bob et Robert auront eu le nez drôlement creux.