Quel-est le traitement de la relation père-fils au sein du cinéma populaire des années 80 ? Découvrez quelques éléments de réponse au travers de trois sagas parmi les plus cultes.

La relation entre le père et le fils est une thématique centrale au sein du cinéma à succès des années 80. Sujet cher à Freud, Nietzsche ou plus récemment Dolto, c’est un affrontement entre deux générations qui s’opère, sorte de complexe d’Œdipe façon pop-corn.

L’homme à abattre

Dans la trilogie Retour vers le futur, le thème du film (le voyage dans le temps) rend la relation père-fils riche et intéressante. Dans le premier volet, Marty (est-il bien nécessaire de le présenter ?) se retrouve plongé en 1955 face à ses parents trente ans plus jeunes ; autrement dit au même âge que lui. Par ce stratagème scénaristique, le parallèle entre père et fils permet de constater immédiatement le fossé entre les deux protagonistes : le père est aussi couard que le fils courageux ; le fils s’accroche à ses rêves là où le père semble décidé à abandonner toute tentative de réussite.

Vous n'avez pas l'ombre d'une chance, vous êtes bien le fils de votre père.

Le père présente ainsi une trajectoire d’échec total, d’une jeunesse maladroite à un âge adulte où il est devenu le cliché du raté. Non content d’avoir gâché sa propre vie, celui-ci fait aussi planer une ombre négative au dessus de ses enfants. Cette représentation castratrice hante Marty, qui doit composer avec cet handicap génétique… au point de finir par perdre confiance en lui.

Indiana Jones doit lui aussi supporter un père au profil castrateur. Tout au long de La Dernière Croisade, les années de distance et de mutisme se font souvent sentir entre les deux hommes. Le professeur Henry Jones, appelé « père » par Indy (même s’il au delà de la distance, il s’agit surtout d’une preuve de respect, années 30 obligent), ne manque pas un bon mot pour mettre son fils en boite… Qui quant à lui n’hésite pas à rappeler à sa mémoire tout ce qu’il lui doit :

Ce que vous m'avez appris, c'est que j'étais moins important pour vous que 
des types morts depuis 500 ans dans un autre pays. Et je l'ai si bien appris 
que nous n'avons quasiment pas parlé en vingt ans.

Mais l’archétype de la lutte contre l’oppression paternelle est évidemment à chercher du côté de la saga Star Wars. Dans l’Empire Contre-Attaque, Luke Skywalker se retrouve face à celui qui a, d’après son mentor Obi-Wan, assassiné son père : Dark Vador, incarnation du Mal absolu. Et c’est dans le cliffhanger le plus célèbre du cinéma que Luke entends ces mots terribles :

Non. Je suis ton père.

Le monde de Luke s’effondre : son mentor lui a menti (« d’un certain point de vue ») ; son père n’est pas mort, mais est un monstre ; et de vengeur, il se retrouve… à devoir assassiner son père. Ce que Luke refusera catégoriquement en fuyant le combat, préférant une mort presque certaine. Vador annihile en ce sens tout espoir pour le Jedi en devenir, l’ôtant au passage d’un membre ; geste hautement symbolique.

- Tu ne peux échapper à ton destin. Tu dois affronter Vador à nouveau.
- Je ne pourrai pas tuer mon père.
- Alors l'Empereur a d'ores-et-déjà gagné.

Un complexe d’Œdipe au sens littéral ?

Pour autant, on ne peut pas invoquer  dans ces films un complexe d’Œdipe au sens premier du terme. La liberté avec la théorie Freudienne se situe au niveau du rôle accordé à la mère : pour deux des exemples évoqués, la mère est tout simplement absente, et le combat n’existe que parce que l’ascendant empêche le descendant de s’épanouir.

Du côté de Marty, le sujet est plus complexe, voire inversé. Dans son voyage en 1955 ce dernier se retrouve face à une toute jeune Lorraine Baines, pas encore McFly, qui tombe éperdument amoureuse de cet inconnu qui éveille en elle des sentiments uniques. Et pour cause…

Tout l’enjeu pour Marty n’est pas de séduire la mère, mais bien de s’en échapper, pour faire (sur)vivre la flamme qui brûle entre ses parents pour simplement naître un jour. Vaste programme ! La scène du parking entre Marty et Lorraine est le paroxysme truculent de cette anti-séduction :

- Marty, je vous trouve si nerveux, quelque chose ne va pas ?
- Oh... non, rien !

Un rôle lourd à porter

Retour vers le Futur 2 offre l’occasion de se placer de l’autre côté du miroir, puisque dans cette suite, les rôles sont inversés : Marty est plongé dans un futur où il est devenu un père sans grande envergure. Malmené par son patron, peu respecté par ses enfants… passé les 45 ans, il est devenu celui qu’il a combattu.

Marty, avec ses yeux d’adolescent, comprends alors au travers de ce miroir vieillissant qu’être père est un rôle au combien lourd à porter.

Dans les autres sagas, les héros sont tour à tour rattrapés par cette difficile mission. Dans Le Réveil de la Force (pour lequel nous ne révélerons pas trop l’histoire, sait-on jamais…), difficile de connaître la voie choisie par Luke vis-à-vis de la paternité. En revanche, nous retrouvons un Han Solo vieillissant, qui n’a pas rempli son rôle de père de la meilleure des façons.

D’un Harrison à l’autre, il n’y a qu’un pas : Indiana Jones lui-même se découvre maladroit face à un fils qu’il ne connait pas dans Le Royaume du Crâne de Cristal.

Les enfants rédempteurs

Au final, ces pères perdus, aux multiples défauts, ne seront sauvés que par le salut de leurs enfants.

Plus ou moins volontairement, Marty influe positivement sur ce monde de 1955 qui n’est pas -encore- le sien. Et à son retour en 1985, le père a tiré les leçons de sa progéniture et s’est finalement transformé en un homme heureux qui a réalisé ses rêves. En somme, le fils a tué le père, mais pour en habiliter un nouveau. Plus tard, Marty ramènera quasi littéralement son paternel à la vie, décédé dans le 1985 alternatif, en ramenant les choses à la normale.

C’est la même idée qui conduira Luke à retrouver Vador dans Le Retour du Jedi : se présenter face à ce père, non pas pour le combattre, mais pour aller puiser tout ce qu’il y a de bon enfoui en lui afin de le sauver :

Faites appel à vos sentiments Père. (...) Je sens le conflit qui est en vous. 
Débarrassez-vous de votre haine !

A l’issue d’un combat malheureusement inévitable, Luke ne pourra sauver Anakin d’une mort physique, mais du propre aveu de ce dernier, aura malgré tout réussi à sauver son âme. C’est une rédemption in-extremis pour un homme qui n’aura connu son fils que dans un affrontement qu’il ne désirait pas réellement au fond de lui.

- Je ne vous laisserai pas ici. Il faut que je vous sauve.
- Mais tu l'as déjà fait, Luke.

Indiana Jones enfin sauve son père de la mort de la façon la plus iconique possible : il brave tous les dangers pour s’emparer du Saint Graal, calice légendaire ayant permis de récupérer le sang du Christ. Indy troque alors sa propre immortalité contre la vie sauve de son géniteur.

En résumé, tuer le père n’est pas une fin en soi. Il s’agit plutôt de le sauver, par le pardon et la rédemption… Même s’il existe un contre-exemple récent (il est vraiment temps de voir Le Réveil de la Force, maintenant !), mais qui est un cas isolé, reflet d’une souffrance profonde et complexe du personnage.

Pour les autres, le père est réhabilité pour rétablir l’équilibre, s’épanouir et aller de l’avant, ensemble, par le corps ou par l’esprit.